Fondeur
ROY
Description:
En 1806, Antoine Roy et Martin Duval créèrent une société qui prit en deux décennies le contrôle des plus anciennes forges de l’Eure. L’entreprise resta prospère jusque vers 1860. Puis l’entreprise survécut en se consacrant exclusivement à la fonte de deuxième fusion. Il existait au XVIIIe siècle une quinzaine de forges au pays d’Ouche. Les maîtres de forges, propriétaires ou fermiers, exploitaient simultanément plusieurs sites.
À partir de 1779, les principaux adjudicataires de ces bois furent les frères Caroillon des Tillières et de Vendeuil, hommes d’affaires parisiens originaires de la Haute-Marne, qui avaient déjà pris le bail de plusieurs forges du Berry et du Perche. En 1797, les Caroillon s’associèrent, pour l‘exploitation des bois du Perche avec Antoine Roy (1764-1847) un avocat parisien originaire comme eux de la Haute-Marne, qui débuta là une extraordinaire carrière politique et financière (deux fois ministre des finances, 1818-1821 et 1828-1829, anobli, il devint un des hommes les plus fortunés de la Restauration). Roy fit l’acquisition, pour valoriser ses bois, de plusieurs forges de l’Eure, Breteuil en 1806, Lallier en 1809, La Poultière en 1812. Il prit alors pour associé Martin Duval. La Société Roy-Duval fondée le 1er vendémiaire XIV resta indivise entre les deux associés jusqu’au décès de Martin Duval en 1816. Il était entendu que chacun des associés ne pouvait désigner qu’un seul successeur.
Durant la Restauration, la Société Roy et Duval étendit son emprise sur toute l’ancienne métallurgie de l’Eure en procédant à l‘acquisition systématique de tous les anciens établissements. L’achat en 1825 des 1300 hectares de la forêt de Conches qui empêchait l’installation de toute entreprise autour de ce massif lui facilita la tâche ; dès 1827 elle se portait acquéreur des forges de Conches, Trisay et Condé. Dans certains cas, elle se contenta d’être locataire.
L’organisation de cette société devenue très puissante (10e rang des entreprises françaises en 1845). Connue sous le nom de Société des forges et fonderies de l’Eure, elle réussit à s’adapter aux nouvelles conditions industrielles et commerciales, mais sans intégrer, sauf exception, les grandes nouveautés technologiques du moment comme le haut-fourneau au coke, le four à puddler ou le laminoir mû par la machine à vapeur. Elle créa cependant deux tréfileries hydrauliques, à Chéraumont en 1824 et à Rugles en 1834. Le charbon de bois restait le combustible prépondérant. Cette entreprise archaïque dans ses techniques et son organisation, vendait bien ses produits et était manifestement très rentable pour ses propriétaires, ce qui a sans doute été la cause de son immobilisme. Les évaluations après décès des propriétaires permettent de mesurer la progression considérable de la richesse de l’entreprise tant en stocks et en créances qu’en valeurs foncières et immobilières.
Avec la mort de Martin Duval en 1838, l’entreprise perdit son principal animateur. Il choisit pour lui succéder, plutôt que ses deux fils, son gendre Jean-Guigues d’Albon, Lyonnais, chargé de différentes fonctions dans sa ville, qui n’intervint que de loin dans la gestion de l’entreprise de l‘Eure. Après la disparition du comte Roy, il en devint cependant la personnalité la plus influente. Le petit-fils de Roy, le marquis de Talhouet, et le mari de sa petite fille, le duc d’Uzès qui le remplacèrent après 1847, ne jouèrent que des rôles secondaires. La gestion revint pour la plus grande part à des fondés de pouvoir ; de 1836 à 1853, Louis-Jean-Baptiste Palyart (1793-1853) autrefois homme de confiance à Paris de Roy, remplacé plus tard en 1864 par Henri Létaud, assisté d’un directeur technique l’ingénieur Feuillebois. Ils eurent à affronter, sous la direction du marquis d’Albon la grande crise de la décennie 1860 et à gérer la réorganisation qui s’ensuivit. La métallurgie au bois s’effondra devant une nouvelle génération de hauts-fourneaux au coke et d’aciéries révolutionnaires. La Société des forges de l’Eure franchit non sans difficultés ce cap difficile. Le mérite en revint sans doute à Henri Létaud qui, dès son arrivée, proposa un plan de restructuration visant à l’abandon de toute métallurgie primaire pour consacrer l’entreprise à la fabrication de fontes de deuxième fusion.
L’objectif était de profiter d’une situation géographique avantageuse. L’entreprise était accordée à la ligne Paris-Cherbourg, n’était pas éloignée de Rouen, les fontes qui y étaient refondues venaient de Moselle, les cokes de Belgique. On fabriquait des obus, des tuyaux, des outils pour l’agriculture, des poêles, des réchauds, des chenets.
L’ancienne société fut sans doute liquidée en 1867. La plupart des établissements furent abandonnés, sauf Conches et Breteuil. L’emploi régressa fortement. Les héritiers Roy ses retirèrent et la famille d’Albon resta seule propriétaire de la société devenue Compagnie des forges et fonderies du Vieux Conches et de Breteuil. Le marquis d’Albon mourut en novembre 1878. En 1885, il fallut fermer la fonderie de Breteuil. Celles de Conches subsista au moins jusqu’à l’entre-deux-guerres mais passa sous le contrôle d’une entreprise extérieure au département.
Sources et liens externes
BELHOSTE (Jean-François), La Société Roy et Duval ou Société des Forges et Fonderies de l'Eure : survivance et adaptation, dans Annales de Normandie, 1988, vol. 38, p. 175-180.1764 vues au total, 0 vues aujourd'hui
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